La loi n° 2003-775 constitue une réforme importante pour la retraite des professeurs agrégés.
Certains points restent imprécis et feront l’objet d’arrêtés d’application.
Nous faisons ici le point sur les principales mesures concernant les professeurs "du second degré", et, en particulier, les professeurs agrégés.

I - LE DROIT A LA RETRAITE : LA PENSION DE L’ ETAT

Il s'agit ici de déterminer dans quelles mesures le fonctionnaire a droit, ou non, à une pension de l'Etat.
LA LOI DISTINGUE :
- le calcul du nombre d’années de services pour le droit à pension
- le nombre d’années validées pour le calcul de ladite pension

Tout fonctionnaire titulaire a droit à une pension civile de retraite de l’Etat s’il cumule 15 années de services effectifs (civils ou militaires)(Art. 53).

La durée de services effectifs tient compte de ceux réalisés avant l’ âge de 18 ans, à la condition que le fonctionnaire soit déjà stagiaire ou titulaire à cette date.

QUELQUES PRECISIONS : sont considérées comme périodes de services effectifs  :

Le fonctionnaire qui n’atteint pas les 15 années de services effectifs reçoit une pension du régime général de la sécurité sociale et une retraite complémentaire de l’IRCANTEC.
Le régime du secteur privé avait la réputation d’être moins favorable; la loi n° 2003-775, qui est un recul social évident pour le fonctionnaire d’Etat, relativise cette affirmation…

II - UNE PENSION D’ETAT : A QUEL AGE ?

Il s’agit de savoir ici A QUEL AGE le fonctionnaire pourra percevoir une pension d'Etat.

Nous n’évoquons ici que la situation du professeur terminant sa carrière en tant qu'agrégé.

Trois cas sont à étudier :

1 . LE CAS CLASSIQUE.

Tout professeur agrégé peut demander sa retraite avec jouissance immédiate à l’âge de 60 ans.

En pratique, l’enseignant qui atteint l’âge de 60 ans en cours d’année scolaire devra terminer son année d’enseignement et sera radié des cadres au premier septembre de l’année scolaire suivante, date à partir de laquelle il percevra son premier mois de pension.
Donc pas question ici de tirer sa révérence le jour de son anniversaire….

2 . LES CAS OU L'ENSEIGNANT A DROIT A LA JOUISSANCE DE SA PENSION AVANT L'AGE DE 60 ANS.

Il s’agit :

3 . LE CAS OU L'ENSEIGNANT PERCOIT SA RETRAITE APRES L'AGE DE 60 ANS.

Il ne peut s’agir que d’une demande expresse du fonctionnaire enseignant du second degré.
La demande de radiation des cadres peut être demandée après 60 ans et avant l’âge limite; la limite d’âge est normalement de 65 ans pour un enseignant du second degré.

La limite d’âge peut être repoussée dans les cas suivants :

III – LE MONTANT DE LA PENSION.

C’est à ce niveau que la nouvelle loi apporte des transformations majeures.

Le calcul du nombre d’années validées : rappelons qu’il diffère du calcul du nombre d’années de service pour le droit à pension

LE PRINCIPE

Les années sont comptabilisées par trimestre :

IV - LE CALCUL DE LA PENSION.

Le mécanisme de calcul instauré par la nouvelle loi est extrêmement complexe. Il tient compte de plusieurs paramètres que nous exposons ici.

  1. On calcule le produit P du nombre d’annuités validées A (voir III) par le taux plein de rapport d’une année validée T.
    Soit : P = A x T.
    Actuellement T = 2%.
    Le taux maximum de service de la pension est égal à 75% du traitement de référence.

  2. On calcule la durée d’assurance D du fonctionnaire. Elle est calculée en trimestres.
    La durée d’assurance D est égale :

  3. On obtient donc pour D un certain nombre de trimestres.

  4. On prend comme base B du calcul le traitement d’activité correspondant à l’indice dont bénéficie l’enseignant depuis au moins 6 mois avant la cessation de ses services comme cadre en activité.

  5. On divise la durée d’assurance par le nombre de trimestres nécessaires pour avoir droit au taux plein de 2%.
    C’est là qu’intervient l’innovation majeure qui conduit de facto à allonger la durée du travail….
    Le nombre de trimestres varie selon l’année où l’on atteint les 60 ans.

    ANNEE D'OUVERTURE DU DROIT A LIQUIDATION
    DE PENSION
    = année de l'obtention des 60 ans
    NOMBRE DE TRIMESTRES NECESSAIRES POUR L'OBTENTION DU TAUX PLEIN ( 2%) = NT
    jusqu'en 2003
    150 soit 37,5 ans
    2004
    152 soit 38 ans
    2005
    154 soit 38,5 ans
    2006
    156 soit 39 ans
    2007
    158 soit 39,5 ans
    2008
    160 soit 40 ans
    2009
    161
    2010
    162 soit 40,5 ans
    2011
    163
    2012
    164 soit 41 ans

  6. On fait le calcul :
    Pension brute avant corrections : PB = B x T x A x D/NT

  7. CORRECTIONS

V - LA PENSION DE REVERSION.

La loi du 21 août 2003 contient une modification importante concernant la pension de réversion :"les conjoints d’un fonctionnaire civil ont droit à une pension de réversion égale à 50% de la pension obtenue par le fonctionnaire ou qu’il aurait pu obtenir au jour de son décès" (Art. 38 du Code des Pensions Civiles et Militaires, modifié par l’Art. 56 loi du 21/08/2003).

La modification essentielle est que désormais la loi attribue aux VEUFS, les mêmes droits à une pension de réversion que les VEUVES.

Quelques précisions :

VI - LE REGIME DE RETRAITE ADDITIONNEL OBLIGATOIRE.

Il s’agit ici d’une nouveauté importante instaurée par la présente loi. Les textes sont encore imprécis et devront être complétés par décret en Conseil d’Etat.

Art. 76 : " Il est instauré un régime public de retraite additionnel obligatoire, par répartition provisionné et par points destiné à permettre l’acquisition de droits de retraite, assis sur une fraction maximale, déterminée par décret en Conseil d’Etat, de l’ensemble des éléments de rémunération de toute nature non pris en compte dans l’assiette de calcul des pensions civiles et militaires de retraite. … les cotisations dont le taux global est fixé par décret en Conseil d’Etat, sont réparties à parts égales entre les employeurs et les subordonnés… " .

Quelle est la portée d’application pour un agrégé ?

  1. L'assiette du calcul de la retraite comprendrait : toutes les heures supplémentaires, les primes (enseignement supérieur, chef de travaux…), toutes les indemnités pour participation à un jury d’examen, un jury de concours, NBI etc …

  2. Le plafond n’est pas fixé ( le chiffre de 20% du traitement indiciaire circule..).

  3. Les cotisations se feront à parts égales : cela signifie automatiquement une diminution du revenu perçu pour l’enseignant…
    C’est tout de même mieux que le rachat d’années d’études supporté uniquement par l’enseignant.

  4. Le régime sera géré par un établissement public, dont le Conseil d’administration sera composé notamment par des représentants des bénéficiaires.

  5. La retraite sera servie sous forme de rente, sauf si le nombre de points acquis est inférieur à un minimum, auquel cas un capital sera attribué.

  6. Le cas de la NBI (Nouvelle Bonification Indiciaire).

    Rappel : La NBI est une attribution de points d’indice supplémentaire pour les enseignants qui acceptent, le plus souvent par voie de détachement, une fonction comportant "une responsabilité ou une technicité particulière".
    Exemple : agent comptable dans une Université.

    Désormais, la NBI donnera lieu à un supplément de pension égal à la moyenne annuelle de la somme perçue multipliée par le rapport de la durée de perception de la dite somme que divise la durée d’assurance pour obtenir le taux plein.
    Exemple : un enseignant ayant une NBI de 40 points par mois pendant 5 ans aura, dans l'état actuel des choses, un complément de retraite (exprimé en valeur de point) de : 40 x 75% x 20/150 = 4 points par mois.

    On voit donc que ce texte est d’une portée relativement limitée pour les enseignants qui, contrairement aux agents d’autres ministères (Finances, Intérieur…), ne perçoivent que peu de primes. Seules les heures supplémentaires, effectuées tout au long de la carrière sont susceptibles d’apporter un complément de retraite significatif.

VII - LE CUMUL D’UNE ACTIVITE REMUNEREE AVEC UNE PENSION D’ETAT.

Peut-on exercer une activité lucrative et percevoir une pension de l’Etat ?

L’Art 64 de la loi du 21 août 2003 apporte des modifications importantes sur ce point.


De nombreuses précisions sont à venir par l’intermédiaire d’arrêtés d’application. Nous ne manquerons d’informer nos adhérents des précisions futures.


Cette fiche a été réalisée fin octobre 2003,
et mise à jour fin février 2004 par Patrick Jacquin,
agrégé d'économie et de gestion,
expert comptable et commissaire aux comptes.