Le SAGES n'est pas seul à intervenir dans des domaines concernant les personnels qu'il défend, ce qui pose la question de ses relations avec les autres syndicats, et avec les associations dont le champ d'activité concerne principalement ou accessoirement les agrégés et les professeurs de chaire supérieure.
Les développements qui suivent répondent à des interrogations adressées à plusieurs reprises aux instances dirigeantes de notre syndicat.
Pour bien les comprendre, on devra garder à l'esprit que :
Les syndicats majoritaires, et les associations possédant un monopole de fait, jouissent depuis longtemps d'une position et de moyens financiers, matériels et humains dont le SAGES n'a encore jamais bénéficié. Il est donc légitime de s'interroger sur ce que pourraient faire aujourd'hui les grosses organisations syndicales ou associatives, qu'elles n'aient pas été en mesure d'accomplir auparavant pour défendre les intérêts des professeurs agrégés et de chaire supérieure.
Le fait de s'associer à d'autres organisations suppose que les buts d'une telle démarche aient été clairement définis auparavant.
Schématiquement, un syndicat peut se trouver dans trois situations distinctes à l'égard d'autres syndicats ou associations :
Une situation de concurrence, notamment pour ce qui concerne les adhésions, les élections, et l'attribution d'éventuelles subventions.
Une situation mettant en jeu des intérêts communs sur une question particulière, et pouvant se traduire par des actions (grèves, manifestations, demandes d'audience) ou des déclarations communes (communiqués de presse, pétitions, interviews).
Une situation où apparaissent des intérêts divergents, et où les organisations agissent indépendamment les unes des autres, voire les unes contre les autres.
Le premier cas de figure n'appelle pas de commentaire particulier relatif aux élections et aux adhésions ; pour ce qui concerne les subventions, il s'agit un problème complexe dont bien des éléments demeurent à éclaircir, voire à découvrir, la manne offerte aux "gros" syndicats faisant l'objet d'une très volontaire discrétion de la part des pouvoirs publics et des organisations syndicales bénéficiaires elles-mêmes (dont le SAGES ne fait pas partie).
Les deux autres situations nous amènent à expliciter la nature particulière des relations que le SAGES entretient (ou n'entretient pas) avec les autres syndicats, ce qui nécessite que l'on précise au préalable les caractéristiques du paysage syndical dans lequel nous évoluons.
Les autres syndicats enseignants proviennent tous d'un tronc originel commun,
largement empreint de la culture syndicale ouvrière, et procèdent
de mécanismes de scissions internes, plus ou moins anciennes.
Le SAGES, lui, a été fondé par des personnels non syndiqués,
et avec une doctrine originelle se différenciant tant des syndicats de
type ouvriers que des syndicats de type cadres.
Il en
résulte une ségrégation à l'égard de notre
syndicat, considéré par les autres comme ne faisant pas partie
de la famille.
Cette mise à l'écart se traduit principalement par le fait que le SAGES n'a jamais été consulté a priori sur l'opportunité de mener une grève ou une manifestation, ou d'élever une protestation ; il arrive seulement qu'on lui propose d'adhérer purement et simplement à ce qu'ont décidé d'autres, autrement dit de s'aligner ou de se déterminer sur des choix préétablis.
On pourrait penser que cet état de fait résulte aussi des effectifs
modestes du SAGES, de son score électoral rapporté à l'ensemble
des enseignants, de sa jeunesse ou son manque de notoriété : il
n'en est rien.
En effet, même si le SAGES n'a jusqu'ici présenté
de candidats que dans le collège électoral des agrégés,
tant dans les instances du second degré que dans celles du supérieur,
il parvient néanmoins à obtenir davantage de suffrages que n'en
obtiennent au total et tous corps confondus des syndicats présentant
pourtant des candidats dans pratiquement tous les collèges électoraux
de l'éducation nationale.
En outre, le SAGES dépasse en notoriété
et en activité (notamment et spécialement en matière de
doctrine et d'action juridique) bien des syndicats considérés
pourtant comme des poids lourds du paysage syndical.
En vérité, la mise à l'écart du SAGES résulte principalement de deux causes :
Avoir osé créer un syndicat catégoriel et prétendre ne pas subordonner la défense des intérêts desdites catégories à ceux, majoritaires, d'autres catégories.
Avoir osé instituer dirigeants de syndicat des personnes n'ayant pas au préalable fait "carrière" dans un syndicat issu du tronc commun.
Pour les autres syndicats, le SAGES n'est pas légitime, puisqu'il n'est
pas issu de leurs origines communes, lesquelles constituent en quelque sorte
une AOC (appellation d'origine contrôlée).
Ils ne sauraient par
ailleurs considérer le SAGES comme représentatif, notre syndicat
ayant privilégié une approche catégorielle et ciblée
quand les autres organisations se cantonnent à une approche globale et
commune.
Le SAGES et les autres syndicats appréhendent fort différemment leurs relations avec leurs adhérents respectifs.
Historiquement, le syndicalisme est né de la révolution industrielle,
après des révoltes ouvrières.
De ce contexte initial de lutte des classes, il est resté que les actuels
syndicats enseignants considèrent l'ensemble des personnels comme un
"peuple" à part entière.
Il en résulte que ces syndicats :
Les professeurs venus d'autres syndicats rejoindre le SAGES ont fait le
choix de notre organisation, non pour y imposer les conceptions et les pratiques
de leurs syndicats originels, mais parce qu'au contraire, ils ne les acceptaient
plus ; et ils ont fait leurs nos principes.
Il faut espérer que les prochains transfuges procèdent
de la même démarche, faute de quoi la création du SAGES
n'aurait pas réalisé l'objectif poursuivi.
Car, contrairement à la conception la plus répandue de la démocratie
en matière syndicale en France : "Bien qu'il faille parfois subordonner
les intérêts d'individus à ceux d'un groupe, la démocratie
ne se ramène pas à la suprématie constante de l'opinion
d'une majorité; elle commande un équilibre qui assure aux minorités
un juste traitement et qui évite tout abus d'une position dominante"
(CEDH, Young, James & Webster du 26 juin 1981).
Concernant plus particulièrement les droits et libertés des individus, le SAGES repose sur les principes suivants :
On aura compris, à la lecture de ce qui précède, que les relations du SAGES avec les autres syndicats sont aujourd'hui peu développées.
Nous entretenons toutefois un partenariat, remontant à la fin de l'année 1999, avec le SIAES, syndicat académique (Aix-Marseille), cette collaboration se traduisant, par exemple, par des appels à voter réciproques, le SAGES n'étant candidat qu'aux CAPN et le SIAES qu'aux CAPA.
Nous ne dédaignons du reste aucune sollicitation, pourvu qu'elle nous semble fondée : le SAGES a répondu positivement à l'appel de syndicats concurrents le sollicitant pour pouvoir défendre juridiquement le droit à présenter une liste aux élections aux CAP : cette question, relative au pluralisme des candidatures aux élections aux CAP, mettait en cause le principe même de la liberté et de la démocratie syndicales, et bien que le SAGES ait échappé lui-même aux dispositions législatives les plus attentatoires à la liberté syndicale, la nature des enjeux lui interdisait de s'en désintéresser.
Plusieurs associations ont joué et jouent encore un rôle privilégié
pour les corps des professeurs agrégés et de chaire supérieure,
et il importe de comprendre pourquoi (II-1).
La préférence, active ou passive, de la grande majorité
des agrégés pour ces associations explique dans une large mesure
que le terrain syndical se soit développé sans les agrégés,
puis contre eux (II-2).
Malgré leur utilité, ces associations ne peuvent suffire à
défendre les professeurs agrégés et de chaire supérieure
(II-3).
Enfin, la coopération du SAGES avec certaines d'entre elles pourrait
être constructive, mais elle se heurte à nombre d'obstacles de
différentes natures (II-4).
Des associations jouissent d'une situation privilégiée dans le milieu des professeurs agrégés et de chaire supérieure, alors que l'on ne retrouve pas l'équivalent pour les autres catégories d'enseignants.
Cela s'explique par la situation des agrégés il y a une quarantaine
d'années.
Replaçons-nous à cette époque :
Il existe, parmi les professeurs agrégés et de chaire supérieure, une relative homogénéité dans la manière d'appréhender la place et le rôle l'agrégé dans l'enseignement, ainsi que le mode d'accès dans le corps des titulaires du concours.
Ce qui constitue aujourd'hui une aberration juridique, disciplinaire, universitaire et budgétaire, à savoir plus de 8000 agrégés en poste en collège avec, dans le même temps, plus de 6000 certifiés affectés dans le supérieur, est pourtant devenu progressivement une norme administrative et syndicale.
C'est que l'abaissement subi par le professeur agrégé (statut, rémunération, considération, position) et la dégradation du concours d'agrégation (qui peut être obtenu désormais - par l'instauration massive des listes d'aptitude - sur des critères étrangers à la compétence disciplinaire et universitaire) n'ont pas été bien évalués à temps, ni suffisamment combattus :
Plusieurs de ces associations se trouvent d'ailleurs victimes aujourd'hui de ce que,
Le décret Allègre de 1998 sur la révision du mode de paiement des heures
supplémentaires des professeurs de CPGE illustre, hélas, cet
état de fait :
- les professeurs de CPGE ont découvert tardivement leur infortune, qui
a servi de monnaie d'échange à des syndicats où les agrégés sont minoritaires,
- tant la structure administrative et juridique de leurs associations que leur
impréparation à un conflit, puis leur dépendance vis-à-vis des syndicats auxquels
ils se sont adressés, les ont placé dans une situation d'impuissance, alors
que leurs effectifs et leurs moyens financiers étaient considérables.
On ne peut nier le caractère représentatif de certaines des associations
attachées à la préservation d'un titre (celui d'agrégé
par exemple) ou à la défense d'un cadre d'enseignement spécifique
(les CPGE par exemple) : leurs effectifs sont nombreux, et les positions qu'elles
expriment assez largement partagées.
Il convient toutefois, de faire observer que bon nombre de leurs adhérents
le sont souvent en raison de l'utilité et de la qualité des informations
qu'elles diffusent - administratives ou relatives aux disciplines-, ou encore
parce qu'il leur apparaît que l'appartenance à de telles associations
est l'unique moyen de défendre le caractère intellectuel de la
profession, nié par la majorité des syndicats enseignants.
Mais ces associations ne disposent pas de structure véritable en matière de défense des droits et des intérêts de la profession.
En réalité, c'est la structure syndicale qui est la mieux appropriée à cette défense : elle dispose d'une pleine capacité juridique, et de la possibilité de mesurer son audience à l'occasion d'élections, d'avoir des représentants dans différents organes statutaires, de bénéficier de décharges syndicales...
C'est la raison pour laquelle le SAGES a été créé
et qu'il est désormais la seule organisation qui peut, simultanément
:
- présenter des candidats à la CAPN des agrégés
et au CNESER
- défendre efficacement les intérêts collectifs et individuels
des professeurs agrégés et de chaire supérieure
Cette démarche s'est cependant heurtée à différents obstacles :
La traditionnelle réticence des agrégés à l'égard des syndicats, conduisant à se rassembler entre agrégés, voire à adopter des formes de regroupement encore plus étroites (agrégés du second degré, agrégés du supérieur... ).
La conviction selon laquelle l'existence du SAGES n'apportait rien, puisqu'existaient à la fois des associations d'agrégés et des syndicats enseignants.
La méfiance à l'égard de ce qui a été perçu comme un empiètement sur des prérogatives propres, voire exclusives, et qu'il s'agissait de tuer dans l'oeuf.
C'est ainsi que les propositions d'actions communes émanant du SAGES ont toujours reçu de ces associations des fins de non-recevoir, alors qu'il eût paru naturel qu'elles agissent en sorte de favoriser le développement de notre syndicat en faisant connaître sa doctrine et ses revendications, et en appelant à voter pour lui aux élections professionnelles.
Et c'est ainsi qu'au lieu d'être l'interlocuteur syndical privilégié d'associations dont il est le seul à partager certaines positions et à les défendre réellement, le SAGES y est tabou (même lorsque ses analyses et ses propositions concernant les PRAG sont reprises quasiment mot pour mot dans certaines publications).
Notre syndicat privilégie donc les actions où ses
associations cousines font montre de leurs insuffisances les plus criantes
(défense des intérêts individuels, défense
des PRAG, défense juridique sans des intérêts collectifs
).
Et en même temps, il n'empiète pas sur les terrains où
ces associations excellent.
Il est ainsi inutile pour l'instant que le SAGES veille, par exemple,
à ce le ministère de l'éducation nationale ne dépasse
pas la limite légale autorisée pour les promotions par liste
d'aptitude dans le corps des agrégés", puisqu' une
association d'agrégés s'en charge parfaitement.
En revanche, notre syndicat demeure extrêmement vigilant pour ce
qui concerne le sort les PRAG, partout minoritaires et partout sacrifiés
aux intérêts d'autres catégories, y compris au sein
des associations d'agrégés (pour les PRAG, le SAGES s'est
d'ailleurs très rapidement imposé comme le spécialiste
incontesté, et comme la deuxième organisation représentative).
Il privilégie également l'action juridique.
Pour les raisons évoquées plus haut, les associations et la plupart de leurs adhérents ont placé la représentation au coeur de leur préoccupations ("l'association à laquelle ils appartiennent les représente et ils sont représentatifs de leur association") Or, c'est du côté de la défense concrète et efficace des droits et intérêts que le SAGES oriente son action.
Le choix délibéré, dès la naissance
du SAGES, d'y développer une compétence juridique interne,
nous permet d'élaborer désormais des analyses et des diagnostics
juridiques véritables et déterminants quant aux actions
à conduire et à la façon de les intenter.
Ce choix distingue fondamentalement le SAGES d'organisations qui,
en même temps qu'elles disposent des finances nécessaires
leur permettant de confier à de bons professionnels du droit
les procédures qu'elles ont décidé de mener, se
sont placées dans l'incapacité d'établir des diagnostics
solides et donc, de poursuivre des actions juridiques suffisamment approfondies.
Il arrive que le SAGES et telle association expriment des analyses ou des
revendications qui sont proches, ce qui peut, et c'est tant mieux, en augmenter
l'impact.
On ne saurait dans le domaine privilégier les droits d'auteurs, l'antériorité
ou l'originalité des points de vue, ce qui prohibe en principe les
accusations réciproques de plagiat (sans dispenser pour autant qu'on
s'interroge la sincérité ou simplement l'opportunité
de telle ou telle prise de position).
De plus, le SAGES, on l'a déjà vu, tient compte de ce qui est dit et réalisé au sein d'autres organisations, ou bien pour en tirer profit au bénéfice de l'action syndicale, ou bien pour l'améliorer grâce à son savoir-faire propre.
La question de la coopération avec les autres syndicats enseignants d'envergure nationale ne se pose pas pour l'instant, sauf en de rares et ponctuelles occasions.
Pour ce qui concerne les associations, il convient qu'elles reconnaissent au préalable le SAGES pour ce qu'il est, à savoir une organisation syndicale dont le propos et les compétences sont différents tant de ceux d'une association que de ceux des autres syndicats de professeurs.
Nous souhaitons qu'elles fassent alors des choix cohérents en matière syndicale, de sorte que leurs membres cessent de renforcer les syndicats qui défendent des intérêts contraires aux leurs, en y adhérant, en votant pour leurs listes, ou simplement en ne s'engageant pas.