L'enseignement supérieur français se présente sous de multiples aspects, tant
dans ses finalités que dans ses modalités. En effet, tout comme d'ailleurs l'enseignement
supérieur européen ou international, il désigne aujourd'hui, en fait et en droit,
l'ensemble de toutes les formations qui font suite à l'enseignement secondaire.
On pourrait d'ailleurs le qualifier d'enseignement "postérieur" ou "ultérieur"…
L'enseignement supérieur englobe donc aussi, désormais, des formations qui,
ne font que prolonger l'enseignement du second degré sans s'en distinguer foncièrement,
ni dans leur organisation, ni dans leur esprit (STS, ...).
De plus, en tant que structure,
il regroupe des établissements de types et de statuts fort différents, dispense
des enseignements de niveaux et de natures très divers, et fait appel à une
large gamme d'intervenants, qui va de l'enseignant permanent aux vacataires
issus des horizons les plus variés.
Cela étant, l'enseignement supérieur s'adresse
à des adultes, et, en principe, il n'est pas obligatoire. Il autorise donc,
voire nécessite, que s'y développent, plus largement que dans l'enseignement
secondaire, les initiatives et les prérogatives :
- des étudiants (dans le choix de leurs filières et de leurs options)
- des professeurs (dans le contenu et dans l'organisation de leur enseignement)
- des employeurs (par le biais des stages et dans le cadre de leur participation aux différents conseils en vue
des formations débouchant sur un emploi).
Les créations, au cours des siècles, du Collège de France, des CPGE et des grandes écoles, des IUT et d'autres structures spécifiques de l'enseignement supérieur français ont eu pour objectif de répondre, de façon rapide et efficace, à des exigences que l'Université française d'alors n'était pas en état de satisfaire (en particulier dans les secteurs scientifiques et technologiques). Et il faut reconnaître que l'objectif en question fut atteint : ces créations n'ont pas entraîné pour autant la disparition des facultés et les différents établissements d'enseignement supérieur coexistent de façon plutôt harmonieuse.
Pourtant, on assiste depuis quelques années, en France…, à un reniement radical de l'enseignement supérieur de notre pays.
Certes, il est normal que l'on cherche à adapter l'enseignement supérieur à
l'augmentation des effectifs d'étudiants, à l'intensification des échanges entre
états, à la construction européenne… Malheureusement, la frénésie de changement
actuelle semble en réalité trouver sa source dans la croyance selon laquelle
ce qui se fait ailleurs est forcément mieux (une telle croyance autorisant par
la même occasion que d'aucuns s'en prévalent pour servir des intérêts personnels)
: or, si un tel "argument" est éminemment subjectif, ses effets, eux, sont objectivement
néfastes.
Ainsi les pouvoirs publics cherchent-ils à intégrer l'ensemble des formations
d'enseignement supérieur au sein de l'Université proprement dite en la soumettant
à une logique de marché, où étudiants et entreprises seraient des clients,
et les professeurs des employés d'entreprises prestataires de service. Ce faisant,
les enseignements les plus directement orientés vers la formation professionnelle
se trouvent placés sous la direction de "mandarins" universitaires qui sont
parmi les moins au fait des nécessités des professions concernées (les IUFM
et leurs dirigeants illustrant ce phénomène de façon significative…), alors
que, dans le même temps, l'excellence et le caractère proprement universitaire
de certains enseignements disparaît progressivement des facultés pour y être
remplacés par des "savoirs" qui relèvent de l'escroquerie pure et simple, (exemple
: les "sciences" (…) de l'éducation) ou par des formations, dont le caractère
"universitaire" nous apparaît discutable puisqu'elles viennent en réalité satisfaire
à un utilitarisme à courte vue.
Pour aussi dignes d'attention que soient certains systèmes d'enseignement supérieur étrangers, le SAGES considère :
que certaines pratiques universitaires étrangères sont effectivement susceptibles d'influencer notre propre système d'enseignement supérieur de façon positive. Mais qu'une telle influence ne peut s'exercer que progressivement et "sur le terrain", grâce aux échanges et au travail en commun, et non par le biais d'un "management" imposé par une poignée de hiérarques administratifs qui doivent précisément leurs ascension et position aux dysfonctionnements du système français.
Des évolutions sont, certes, souhaitables voire nécessaires, mais à la condition qu'elles servent des buts légitimes et que pour y parvenir, elles ne sacrifient ni les intérêts des étudiants, ni ceux de leurs professeurs.
Pour l'heure il faut bien constater que les principaux dysfonctionnements affectant l'enseignement supérieur français, et auxquels il convient de remédier rapidement et énergiquement, ne sont pas ceux qui sont allégués (comme le fait, par exemple, que "la recherche" n'irriguerait pas suffisamment certains enseignements ou certains enseignants) mais :
Nous terminerons en rappelant que le SAGES tient tout particulièrement aux deux impératifs fondamentaux de l'enseignement supérieur public qui sont :